(Vu sur la Toile)
Mort du comédien Michel Bouquet à l’âge de 96 ans
(Jérôme Lachasse – Rédaction de BFMTV)
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BFMTV.- L’acteur Michel Bouquet, connu pour ses rôles dans La Femme infidèle, Borsalino et Le Promeneur du Champ-de-Mars, est mort ce mercredi en fin de matinée à l’âge de 96 ans, après une vie consacrée à l’art de jouer. L’infatigable comédien, qui avait fait ses premiers pas au théâtre à 19 ans en 1944, avait attendu sa quatre-vingt quatorzième année pour annoncer, après 75 ans de carrière, qu’il ne remonterait plus sur scène.

Cet apprenti pâtissier devenu un comédien de génie, adepte d’un jeu intériorisé souvent inquiétant, aimait avec la même passion le cinéma et le théâtre: « Je n’ai pas eu de préférence car les deux choses sont très différentes mais elles ont la même valeur », confiait-il à l’AFP en 2019 au moment de tirer sa révérence.

« C’est l’oubli de soi qui est le plus important », ajoutait ce géant qui préférait disparaître derrière les rôles : « J’ai fait ce que j’ai pu, comme j’ai pu, et je ne me suis pas trop posé de questions. J’ai fait mon bonhomme de chemin mais sans aucune prétention intellectuelle. »
Sa carrière théâtrale fut d’une remarquable cohérence. Débutée en 1944 avec Le Tartuffe, elle s’est terminée en 2017 avec la même pièce. Entre temps, il aura joué dans près de 80 pièces de théâtre, avec une prédilection pour Molière (Le Malade imaginaire) et Eugène Ionesco (Le Roi se meurt), mais aussi Anouilh, Pinter, Beckett et Camus.

Son parcours suit l’histoire du siècle. Né en 1925, il se destine à la pâtisserie lorsqu’une « force mystérieuse » change son destin et le pousse « à frapper un dimanche matin [de 1943] à la porte d’un grand professeur de théâtre », Maurice Escande, qui l’a pris sous son aile et lui a tout appris, a-t-il raconté dans Le Monde en 2016. Il entre au Conservatoire où il rencontre Gérard Philippe et devient un des acteurs les plus en vogue. En 1947, Bouquet participe au Festival d’Avignon dès sa première édition mais peine à s’entendre avec les maîtres du moment – Jean Vilar, Claude Régy et Roger Planchon.

 

Hors des sentiers battus

 

Au cinéma, il se fraye un chemin dans le cinéma populaire de qualité et apparaît dans plus de soixante-cinq films au cinéma et une cinquantaine de téléfilms sous la direction notamment de François Truffaut (La Mariée était en noir), Jacques Deray (Borsalino), José Giovanni (Deux hommes dans la ville), Henri Verneuil (Le Serpent), Yves Boisset (Un condé), André Cayatte (La Raison d’état) et Alain Corneau (France Société Anonyme). Il fait partie des acteurs fétiches de Claude Chabrol (La Femme infidèle, Poulet au vinaigre), chez qui il incarne le prototype du bourgeois antipathique:

« Durant les six films que j’ai tournés pour lui, j’ai toujours essayé de deviner son point de vue: quels secrets pouvaient se cacher derrière son envie de faire tel ou tel film ? Car il pouvait bien déclarer avoir écrit spécialement pour moi La Femme infidèle, je ne me sentais personnellement rien de commun avec ce personnage de bourgeois assassin…« , racontait-il à Télérama en 2010.
Souvent employé dans des rôles de notaire, de banquier ou de policier, il excellait dans les personnages troubles. Visage familier des polars ou films politiques des années 1970, Michel Bouquet a aussi prêté sa voix à plusieurs documentaires, dont le fameux Nuit et Brouillard d’Alain Resnais en 1956.

Doté d’un bon timing comique, Bouquet est aussi apparu dans plusieurs comédies. Gangster empoté dans Papa les p’tits bateaux (1971) de Nelly Kaplan, il se prête également aux extravagances de Michel Audiard dans Bons baisers… à lundi (1974). Dans Le Jouet (1976) de Francis Veber, il incarne Pierre Rambal-Cochet, impitoyable milliardaire qui fait de Pierre Richard le jouet de son fils.

Il n’hésite pas à glisser hors des sentiers battus et à confier son destin à de jeunes réalisateurs. Pierre Zucca l’engage pour Vincent mit l’âne dans un pré (et s’en vint dans l’autre) (1975), où débute également Fabrice Lucchini. Bouquet se lie d’amitié avec le réalisateur Edouard Luntz, auteur de plusieurs films étonnants dont Les Cœurs verts devenus introuvables. Boucquet tient pourtant grâce à Luntz deux de ses meilleurs rôles dans Le Dernier Saut (1970) et L’Humeur vagabonde (1972).

 

Bouquet en Mitterrand, une leçon de comédie

 

Les années 1990 et 2000 le voient changer de registre. Plus rare, il se régale avec Les Côtelettes de Bertrand Blier (au théâtre en 1997, puis au cinéma en 2003), puis émeut dans Le Promeneur du Champ de Mars (2005) de Robert Guédiguian, qui lui permet de décrocher le César du meilleur acteur en 2006. À 80 ans, il offre une leçon de comédie: sans maquillage ou artifice de langage, Michel Bouquet parvient à faire revivre l’ancien président François Mitterrand.

Six ans plus tard, le réalisateur Gilles Bourdos lui offre avec Renoir le rôle ‘qui m’a le plus touché dans ma vie’, celui de l’auguste peintre. Un rôle qui lui vaut une nouvelle nomination aux César, mais ne marque pas pour autant la fin de sa carrière au cinéma. Il accepte notamment en 2019 la proposition de Bernard Stora d’apparaître dans un drame comme il les aime, sur fond de lutte de pouvoir, Villa Caprice, dont le titre sonne désormais comme un ultime pied de nez à sa fin qu’il savait proche.