L’essentiel était ailleurs…

Le long courrier publié ces derniers jours par Mohamed Bachiri, directeur général des services de la Ville d’Argelès-sur-Mer, appelle naturellement plusieurs lectures

 

Les uns y verront un bilan particulièrement détaillé de cinq années et demie d’action administrative. D’autres y liront une forme de testament professionnel. D’autres encore pourront s’interroger sur les frontières parfois délicates entre le devoir de réserve auquel est soumis un haut fonctionnaire territorial et la volonté, parfaitement compréhensible, de défendre publiquement une action à laquelle il a largement contribué.

Je laisserai chacun libre de son appréciation.

Les bilans sont nécessaires. Ils éclairent le chemin parcouru. Mais ils ne doivent jamais nous empêcher de regarder celui qu’il nous reste à parcourir. C’est précisément la réflexion que m’a inspirée la lecture de ce long courrier.
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Au fond, que retiendra-t-on vraiment des dernières élections municipales : les réalisations des uns ? Les critiques des autres ? Les chiffres ? Les bilans ? Sans doute un peu de tout cela. Mais je crois que l’essentiel était ailleurs. Ou, plus exactement, qu’il n’a jamais véritablement été abordé.

Il y eut, tout au long de cette campagne, un débat qui n’a jamais eu lieu. Un sujet que chacun percevait. Un sujet que chacun approchait parfois en filigrane. Un sujet pourtant presque jamais nommé. Ce sujet, c’était le “surtourisme”.
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Le mot lui-même dérange sans doute parce qu’il est souvent mal compris. Certains y voient une remise en cause du tourisme. C’est, à mon sens, une erreur. Le “surtourisme” ne désigne pas le tourisme ; il désigne le moment où son succès devient si important qu’il oblige un territoire à repenser ses équilibres.

Or cette question était partout : elle apparaissait derrière les difficultés de circulation ; derrière les problèmes de stationnement. Derrière les interrogations sur l’urbanisme ; derrière la préservation du littoral ; derrière la pression exercée sur les espaces naturels ; derrière les préoccupations de nombreux Argelésiens quant à leur qualité de vie.

En réalité, toute la campagne parlait du surtourisme… sans jamais prononcer son nom.

Pourquoi ? Peut-être parce qu’il s’agit d’un sujet particulièrement sensible. Comment ouvrir un tel débat dans une commune dont l’économie repose très largement sur son attractivité touristique ? Comment évoquer les limites d’un modèle sans donner le sentiment de le remettre en cause ? Le paradoxe est là.
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Parler du “surtourisme” ne revient pas à être contre le tourisme.

C’est au contraire reconnaître que sa réussite impose désormais une réflexion nouvelle.

Les différentes listes des municipales ont approché cette réalité avec des sensibilités diverses. Certaines l’ont esquissée. D’autres ont préféré ne pas ouvrir ce chantier. Aucune n’en a véritablement fait le cœur du débat. Je ne formule ici aucun reproche. Je constate simplement qu’un sujet aussi déterminant pour l’avenir de notre commune est resté à la périphérie des échanges.

Pourtant, partout en France et en Europe, des villes touristiques comparables s’interrogent aujourd’hui sur la manière de concilier développement économique, protection de l’environnement et qualité de vie des habitants.

Pour une commune comme la nôtre, cette réflexion n’est plus théorique. Elle s’impose déjà à nous. Les épisodes de sécheresse se succèdent, la ressource en eau devient plus fragile, les risques d’incendies s’intensifient, les phénomènes météorologiques extrêmes se multiplient et les inondations nous rappellent régulièrement la vulnérabilité de notre territoire.

À ces défis environnementaux s’ajoutent ceux liés à la préservation de la biodiversité, des espaces naturels et du cadre de vie. Autant de réalités qui invitent à repenser, avec lucidité et sans tabou, les grands équilibres. Argelès-sur-Mer ne pourra probablement pas échapper, elle aussi, à cette réflexion. Notre avenir ne dépendra pas seulement du nombre de visiteurs accueillis chaque été.

Il dépendra également de notre capacité à préserver ce qui fait précisément notre attractivité : nos paysages, notre littoral, nos espaces naturels, notre identité et la qualité de vie de ceux qui vivent ici toute l’année.
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Les élections sont désormais derrière nous. Les équipes ont changé. Chacun portera sur l’action des uns et des autres le jugement qui lui appartient. Mais il est peut-être une autre responsabilité, plus importante encore : celle de regarder lucidement les défis qui nous attendent.

À mes yeux, le véritable enjeu des dernières municipales n’était pas seulement de choisir une équipe. Il était aussi de commencer à ouvrir ce débat. Il ne l’a pas été. Rien ne nous interdit, aujourd’hui, de le faire. Car les grandes réussites d’un territoire naissent rarement des certitudes. Elles commencent souvent par le courage de poser les bonnes questions.

 

Christian Munos – Argelès-sur-Mer