Mesdames et Messieurs les élus,

 

Je lisais dernièrement un article d’un chef cuisinier qui disait : “la table est un théâtre où se joue la domination autant que la séduction, souvent les deux simultanément”. Pour autant, il n’oublie pas le but premier de bien cuisiner pour satisfaire ses clients fins gourmets et gourmands

 

Et j’ai pensé aux élections municipales : “les élections sont un théâtre où se jouent la domination, la séduction autant que la posture, les postes électifs, voire le mépris”.

N’entendez-vous donc pas le message que vous adressent les Françaises et les Français par leur abstention massive ? Comment pouvez-vous continuer à regarder ailleurs quand une majorité de citoyens ne croit plus que son vote puisse changer quoi que ce soit ?

Les chiffres devraient pourtant vous alerter : au 1er tour sur 47,8 millions d’inscrits, seuls 20,9 millions ont voté. Au second tour, 15 millions seulement sur 29 millions d’électeurs concernés. À cela s’ajoutent 3,3 millions de non-inscrits. Comment ne pas voir là une crise démocratique majeure ?

Il existe aujourd’hui une véritable ségrégation entre les élus « d’en haut », à Paris, et les citoyens des territoires périphériques, ruraux et rurbains. Une distance devenue arrogance, désinvolture, parfois mépris lors de vos prises de paroles déconnectées sur les plateaux télé. Les élections ressemblent trop souvent à un théâtre où se jouent la conquête et la préservation des postes, des postures et des stratégies, tandis que les citoyens, eux, attendent et sont relégués au second plan.

Les Français ne se détournent pas de la politique. Ils se détournent de responsables politiques en qui ils n’ont plus confiance. Ils attendent de vous autre chose : défendre l’intérêt général, respecter la volonté populaire, protéger les services publics, faire appliquer les lois, l’école, la justice, la santé, la sécurité, les salaires, la culture, les territoires, l’environnement, l’agriculture, les maires de proximité, les classes populaires et moyennes. Et la laïcité !

À force de ne pas répondre à ces attentes, vous laissez prospérer le vide sidéral. Ce vide, d’autres le rempliront : les extrêmes, le RN, LFi (…), les colères et les fractures. Voulez-vous vraiment porter cette responsabilité ?

Il est temps d’avoir enfin un vrai projet pour le pays. Une vision claire, concrète, à court et moyen terme. Il est temps aussi de repenser sérieusement notre organisation territoriale, décentralisation/déconcentration, nos institutions et ces multiples échelons souvent opaques qui éloignent encore davantage les citoyens de la décision publique.

Et pourquoi ce silence assourdissant sur la laïcité ? Pourquoi en parlez-vous si peu ? Longtemps, elle nous a protégés ; aujourd’hui, c’est à nous de la défendre. Retrouvons le sens initial de la loi de 1905 : une laïcité humaniste, universaliste, qui permet à chacun avec nos différences de faire société dans une République indivisible, laïque, démocratique et sociale.

“La laïcité n’est pas une opinion. C’est la liberté d’en avoir une”.

Alors, Mesdames et Messieurs les élues, élus : quand cesserez-vous de préserver vos places pour enfin servir le peuple ? Osez le courage !

 

Elie Puigmal, président du Comité Laïcité République des Pyrénées-Orientales, CLR 66.