Dans le cadre des célébrations du 81e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale qui se dérouleront principalement le 8 mai pour les Européens de l’Ouest ou le 9 mai pour les Européens de l’Est, il est important de rappeler les accords conclus entre Roosevelt, Churchill et Staline, lors de la conférence de Téhéran, capitale de l’Iran, du 28 novembre au 1er décembre 1943
La bataille de Normandie, opération « Overlord » selon le nom de code en anglais, a bénéficié de l’entente scellée en 1943 à Téhéran, haut lieu de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale, par les trois principales forces alliées (Américains, Anglais et Russes). C’est ainsi que les autorités soviétiques s’engagèrent à lancer une offensive majeure au même moment que le débarquement en Normandie.
Cette coordination militaire consista à éviter le transfert des troupes allemandes les plus aguerries du front de l’Est vers le front de l’Ouest. Cela explique particulièrement les pertes de vies humaines considérables des Soviétiques au cours de son offensive contre les troupes les plus impitoyables du troisième Reich.
De nos jours, les accords de Téhéran en 1943 sont ignorés ou méconnus du grand public. En définitive, ses archives croupissent dans les oubliettes de l’histoire contemporaine. Et pour cause, le soft power hollywoodien s’est imposé dans les nations occidentales à travers la culture cinématographique. Le 7e art a réécrit l’Histoire de la Seconde Guerre mondiale.
Rien d’étonnant à cela. Dès 1950, un fort sentiment anticommuniste s’empare des États-Unis. Au mépris de la liberté de pensée instituée par George Washington, Joseph McCarthy, sénateur du Wisconsin, mena une furieuse chasse aux sorcières dans les milieux intellectuels pour démasquer de supposés communistes.
Et depuis cette période de délations méprisables et de persécutions injustifiées, de considérables moyens humains et financiers ont été employés aux États-Unis pour utiliser la littérature, la musique, l’art, le cinéma, le sport, et la presse comme des armes idéologiques de manière pérenne.
À tel point que le régime de Kiev a définitivement tourné le dos en 2023 à leur traditionnelle commémoration du 9 mai, jour de la victoire sur le nazisme. Cette décision vient encore une fois démontrer l’emprise du narratif états-unien qui consiste à effacer de la mémoire collective les pertes humaines soviétiques au cours de la Seconde Guerre mondiale.
Plus de vingt-et-un millions de morts soviétiques ne seront plus honorés le 9 mai en Ukraine. Cela arrange les États-Unis qui ont pour ambition depuis 1950 de dominer le monde et d’inventer sans cesse un ennemi imaginaire ou un danger immédiat.
N’est-ce pas Colin Powell, secrétaire d’État américain, qui a présenté les « preuves » sur les armes de destruction massive produites par l’Irak au grand jour le 5 février 2003 en séance plénière à l’ONU ?
Pour dominer un peuple, inventez-lui un ennemi imaginaire plus menaçant que vous, puis posez-vous en sauveur. Cette citation de Noam Chomsky, philosophe et professeur américain, est sans nul doute la plus pertinente pour briser les peurs, les mensonges et les soumissions suscitées par le soft power états-unien qui amène nos économies au bord du précipice avec ses guerres perpétuelles.
Henri Ramoneda

