
Anthony Soler, 31 ans, originaire de Sorède, dans les Pyrénées-Orientales : « C’est ici, dans ce territoire auquel je suis particulièrement attaché, que j’ai grandi et que j’ai choisi de développer mon activité artisanale ». Son univers professionnel s’inspire généreusement de tout ce qui l’entoure au quotidien, depuis ses plus tendres années, notamment de la Méditerranée et du massif des Albères, de ses couleurs, du pays catalan, que l’on retrouve régulièrement dans son travail. Rencontre insolite avec un artiste doué pour apprivoiser les matières dans lesquelles il excelle, un créateur ingénieux, surprenant, qui ose sans-souci dans une quiétude désarmante, qui sait prendre soin des « choses » pour aboutir au soin de soi dans le quotidien chez soi. Passionnant et passionné, et vice-versa

Ouillade.eu : si tu devais définir ton travail…
-Anthony Soler : « Mon travail consiste avant tout à imaginer et fabriquer des créations artisanales en associant principalement le bois et la résine époxy. J’aime partir d’une matière brute, parfois d’un morceau de bois dont la forme ou les imperfections vont justement devenir le point de départ de la création, puis réfléchir à la manière de le transformer et de le mettre en valeur. A partir de là , je réalise des pièces très différentes, aussi bien décoratives que fonctionnelles : planches, horloges, lampes tableaux, mobilier, objets du quotidien ou encore des créations plus originales qui naissent simplement d’une idée ou d’une envie d’expérimenter.
La résine me permet d’apporter une autre dimension au bois, notamment en jouant avec la transparence, les couleurs, les profondeurs et les reliefs. Une partie importante de mon univers est inspirée par la Méditerranée : j’aime par exemple reproduire le mouvement de l’eau, les différentes nuances de bleu et l’écume des vagues ».
Ouillade.eu : ce côté artiste qui t’anime, justement, on sent à t’écouter qu’il va bien au-delà d’une simple fabrication-création, tu donnes l’impression de vouloir bousculer les codes à tout-prix…
– Anthony Soler : « Ce qui me plaît particulièrement dans mon métier, c’est qu’il y a très peu de limites. Chaque pièce de bois est différente et chaque coulée de résine réagit à sa manière, ce qui fait qu’il est quasiment impossible de reproduire deux créations parfaitement identiques. C’est justement ce côté unique, entre maîtrise technique et part d’imprévu, que je recherche dans mon travail ».
Ouillade.eu : as-tu suivi une formation particulière ?
-Anthony Soler : « Je suis 100 % autodidacte. Tout a commencé il y a presque dix ans, un peu par hasard, lorsque je suis tombé sur une vidéo qui m’a complètement intrigué. On y voyait quelqu’un couler un liquide entre deux grosses planches de bois et, à ce moment-là , je ne comprenais absolument pas ce qu’il faisait. Quelques images plus tard, ce liquide était devenu extrêmement solide, les deux morceaux de bois ne formaient plus qu’un et l’ensemble était devenu une magnifique table.
Étant très curieux de nature, j’ai immédiatement voulu comprendre comment c’était possible. J’ai commencé à faire des recherches, découvert qu’il s’agissait de résine époxy, puis acheté un peu de matériel pour essayer par moi-même.
Dès mon premier essai, j’ai adoré. J’ai surtout compris que les possibilités de création étaient presque infinies : les couleurs, les formes, les associations de matières… Il y avait constamment quelque chose de nouveau à expérimenter.
J’ai donc commencé seul, dans mon coin, en apprenant essentiellement par l’expérimentation, avec forcément des essais, des erreurs et beaucoup de recherches. J’ai d’abord fabriqué quelques planches à découper, des plateaux, des horloges, puis progressivement des pièces plus ambitieuses, jusqu’à réaliser mes premières tables ».
Ouillade.eu : plus d’une décennie plus loin, le bilan…
-Anthony Soler : « Pendant plusieurs années, cette passion a grandi en parallèle de mon travail. Puis, à la suite d’une mauvaise expérience dans l’entreprise où j’étais salarié, je me suis retrouvé face à un choix. J’ai décidé de prendre mon courage à deux mains, de miser sur moi-même et de tenter de faire de cette passion mon métier.
Avec le recul, cette mauvaise expérience aura finalement été l’élément déclencheur dont j’avais besoin. Depuis, ma passion pour le bois, la résine et la création n’a fait que grandir, et presque dix ans après cette première vidéo qui avait éveillé ma curiosité, j’ai toujours cette même envie d’expérimenter, d’apprendre et d’imaginer de nouvelles choses ».
Ouillade.eu : où peut-on ajourd’hui découvrir tes créations ?
-Anthony Soler : « On peut découvrir mes créations physiquement dans plusieurs lieux des Pyrénées-Orientales, notamment à Ô Temps d’Artiste, rue Dagobert à Collioure, ainsi qu’au Quai des Créateurs, sur le port d’Argelès-sur-Mer, une boutique saisonnière ouverte d’avril à octobre.
Mais le meilleur moyen de découvrir l’ensemble de mon univers reste mon site internet cbo66.fr , ainsi que mes réseaux sociaux. Je partage régulièrement mes nouvelles créations, les différentes étapes de fabrication et les coulisses de mon travail sur Instagram (@cbo.66) et Facebook (C-bo Créa Bois).
C’est également sur les réseaux que j’annonce les marchés, événements et différents lieux où l’on peut me retrouver tout au long de l’année ».
Ouillade.eu : s’il y avait un point de ton travail que tu souhaiterais mettre en avant, ce serait ?
Anhony Soler : « S’il y avait une chose que j’aimerais mettre en avant, ce serait probablement la liberté que m’apporte ce métier. Je n’ai jamais vraiment voulu m’enfermer dans un seul type de création ou reproduire indéfiniment la même chose. Ce qui me passionne depuis le début, c’est justement d’expérimenter, de tester de nouvelles techniques, d’associer de nouvelles matières et parfois de partir d’une idée sans savoir exactement où elle va me mener.
Aujourd’hui encore, même après presque dix ans à travailler le bois et la résine, j’ai constamment de nouvelles idées et l’impression d’avoir encore énormément de choses à découvrir. Certaines créations naissent d’une demande, d’autres d’un morceau de bois, d’une couleur, d’un objet ou simplement de quelque chose que j’ai vu et qui m’a donné envie d’essayer.
C’est aussi ce que j’essaie de partager à travers mes réseaux sociaux : pas uniquement le résultat final, mais tout ce qu’il y a derrière une création, les différentes étapes, les essais, parfois les erreurs, et la transformation progressive de la matière.
Finalement, si je devais résumer mon travail, je dirais que je cherche surtout à ne jamais arrêter de créer, d’expérimenter et de me surprendre moi-même. C’est probablement cette curiosité, la même qui m’a poussé il y a presque dix ans à chercher ce qu’était ce fameux liquide coulé entre deux morceaux de bois, qui continue aujourd’hui à faire évoluer mon travail ».
Recueilli par L.M.
*C Bo (création bois originale) : décoration d’intérieur, meubles & art de la table, personnalisation et sur-mesure possibles ; tél. 06 26 83 38 15 et cbo.sa66@gmail.com



