EconomieEnvironnementPolitiqueSociété

France/ Qui nous nourrira en 2035 ? Face au défi démographique et écologique de l’agriculture française, l’association SOL et le Réseau Action Climat proposent dans un rapport un « Plan pour le renouvellement des générations agricoles 2035”

Partager

Paris, le 15 septembre 2026. Dans un rapport d’analyse, l’association SOL, qui soutient des modèles agricoles justes et durables pour les citoyens comme pour celles et ceux qui les nourrissent, et le Réseau Action Climat, qui fédère les associations engagées pour une transition écologique et solidaire, présentent les freins au renouvellement agricole et les leviers pour rendre les métiers plus attractifs et résoudre la crise démographique agricole. En proposant un Plan pour le renouvellement des générations agricole 2035 (Plan RGA 2035), le rapport a vocation à nourrir le débat présidentiel alors que l’année 2026, marquée par des températures records et vagues de sécheresses associées, voit des productions agricoles dégringoler, amenant à une situation appelée à s’aggraver dans les années à venir. Pour les auteurs du rapport, il est urgent d’améliorer les conditions de travail en agriculture, de faciliter l’accès à ces métiers et d’en faire des leviers de la transition écologique.

Agriculture de demain : une équation à 4 entrées à résoudre aujourd’hui
Alors que les enjeux liés aux agricultures ont toujours occupé une place de choix dans les élections nationales, le prochain mandat présidentiel s’avérera décisif pour répondre aux 4 défis majeurs et construire l’agriculture de demain :
  • Défi démographique : plus de la moitié des agriculteurs et agricultrices aura atteint l’âge de la retraite d’ici 2030, un départ sur 3 n’est pas remplacé et les projets de reprise familiale s’essoufflent. Alors que la loi d’orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations en agriculture fixe un objectif de 500 000 agriculteurs à 2035, au rythme actuel, la France pourrait ne plus en compter que 275 000 à cet horizon1.
  • Défi climatique et économique : l’agriculture est responsable pour 20% des émissions de GES françaises. Un modèle à bout de souffle – y compris d’un point de vue économique, les fermes étant frappées de plein fouet par les événements climatiques extrêmes tels que les canicules, sécheresse, incendies et orages violents vécus cet été.
  • Changement d’échelle : entre 2000 et 2020, les fermes sont passées en moyenne de 42 ha2 à 69 ha, avec des pratiques plus intensives et les impacts associés.
  • Tournant européen : 2027 signe la fin de la PAC 2023-2027 et la prochaine période risque de confirmer l’orientation actuelle.

 

Un impératif : placer les défis agricoles au coeur des débats
Malgré la promulgation de nouveaux dispositifs proposés par l’État comme France Services Agriculture (FSA), déployé le 1er janvier 2027 dans toute la France et qui est présenté par le gouvernement comme la solution pour orienter, conseiller et outiller toute personne souhaitant s’engager dans l’agriculture, ou encore la création du bachelor agro, les politiques sont trop peu ambitieuses. Pour les auteurs de cette étude, il faut augmenter les financements et renforcer l’ambition de FSA pour qu’il accompagne à la fois l’installation de nouveaux agriculteurs et agricultrices, la transmission intrafamiliale et qu’il intègre les nouveaux profils. Sans cela, l’objectif de 500 000 nouveaux agriculteurs ou agricultrices ne sera jamais atteint.
Outre le volet démographique, le système agricole est à bout de souffle sur ses impacts environnementaux. L’intégration des sujets de transition écologique et des enjeux démographiques n’apparaît toujours pas, ni dans le débat public, ni dans les arbitrages du législateur. La réponse institutionnelle et concrète à ces deux crises reste, sans surprise, très en deçà des besoins. Cette incohérence se traduit également à l’échelon des collectivités (région, communes et intercommunalités) avec un investissement hétérogène et limité, et des accompagnements inégaux en fonction des priorités des élu·es, comme l’activation de certaines politiques (mise à disposition de terres communales, projets alimentaires territoriaux, …).
L’accompagnement aux métiers agricoles : un champ sous-investi
Au vu de l’enjeu démographique, la transmission familiale ne suffira pas. Avec 1 personne sur 5 abandonnant son projet au cours du parcours d’installation3, le soutien à cette étape est primordial pour atteindre les objectifs fixés par la loi d’orientation agricole. Ce qui implique d’adapter les critères et modalités de soutien, pour sécuriser l’installation des futurs paysans et paysannes, en élargissant, par exemple, les critères d’accès aux aides à l’installation (au-delà de 40 ans, hors cadre familial, en collectif) et en reconnaissant les dispositifs d’accompagnement (tutorat, test d’activité) comme de véritables outils du parcours national (ce qui n’est pas le cas avec France Services Agriculture).
L’accompagnement de la transmission et de l’installation représente la clé de voûte du défi démographique agricole. Il implique un meilleur financement : actuellement, le programme d’accompagnement à l’installation-transmission agricole consacre en moyenne seulement 1 720€ par installation4. À titre de comparaison, 7 500 € sont financés pour  une réorientation professionnelle tous secteurs confondus5. On est donc loin du compte pour réussir les objectifs à 2035. Un renforcement du financement est rendu indispensable : la coalition Installons des Paysans estime, par exemple, qu’il faudra a minima 100 millions d’euros par an supplémentaires pour répondre à l’ensemble des besoins et augmenter le nombre d’installations6.
Le salariat est également un champ sous exploité par les politiques publiques. Selon France Stratégie, la qualité de l’emploi agricole est plus dégradée que pour la moyenne des métiers en France, avec des risques et contraintes physiques plus forts, aggravés par l’intensification des stress climatiques. Les conditions précaires, avec près de 60% des contrats en CDD, saisonniers compris, et un taux horaire moyen à 14€ contre 20€ dans l’industrie, rendent l’équation encore plus complexe.
Faire du renouvellement des générations un levier de la transition agroécologique : un nouveau regard politique 
Ces évolutions nécessaires au métier de paysan et paysanne constituent aussi l’opportunité de transformer largement les pratiques vers une meilleure prise en compte des enjeux climatiques et démographiques. En effet, le passage d’une ferme dans de nouvelles mains est le meilleur moment pour changer ses pratiques et c’est déjà ce qui est observé : 36 % des nouvelles installations se font en bio, contre 15 % des fermes françaises7. Non seulement, il s’agit de mieux accompagner les nouveaux arrivants qui souhaitent s’investir dans des fermes agroécologiques pour encourager ces aspirations mais également d’inciter la transmission d’exploitations conventionnelles en bio, par la réforme des modalités d’accompagnement au métier d’agriculteur.
Le rapport appelle ainsi à conditionner et prioriser les aides à l’installation en faveur des pratiques agroécologiques plutôt que des seuls critères de surface.
Pour ce faire, le secteur agricole doit pouvoir profiter d’une coopération accrue avec les acteurs du secteur de l’emploi via la mise en place d’un espace interministériel sur le renouvellement des générations agricoles. Cet espace associerait les ministères de l’Agriculture, du Travail, de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Transition écologique.
Agir concrètement : le Plan pour le renouvellement des générations agricoles, une réponse en cohérence avec les défis de l’agriculture
En incitant à mettre en place un Plan 2035, ce rapport ouvre la voie à un renouveau agricole que les premiers concernés appellent de leurs vœux. Il propose quatre grandes orientations qui doivent impérativement être à l’ordre du jour des débats :
  1. Faciliter l’accès à des parcours de formation et d’accompagnement vers les métiers d’un secteur agricole en transition ;
  2. Renforcer le financement des projets agricoles, en priorisant le développement de pratiques agroécologiques ;
  3. Repenser la place du renouvellement des générations agricoles dans les politiques publiques (ressources, acteurs associés, priorisation) ;
  4. Construire un cadre plus viable pour la qualité de ces métiers et favoriser le maintien en activité des travailleur·euses du secteur.
De chaque grande orientation découle dux-huit propositions politiques concrètes et ambitieuses détaillées dans le rapport.
« Derrière chaque ferme, un projet de vie, mais aussi un projet de société. Permettre à la nouvelle génération de répondre aux enjeux actuels avec des moyens dignes pour le faire, doit faire partie d’un programme présidentiel s’il se veut ambitieux. C’est à cette condition que davantage de paysans et paysannes pourront redessiner nos territoires, en alliant souveraineté alimentaire, transition agroécologique et vivabilité pour tous. » selon Salomé Le Bourligu, responsable plaidoyer Renouvellement des générations agricoles, SOL.
« Le renouvellement des générations agricoles est l’un des grands défis du prochain quinquennat qui déterminera non seulement qui produira notre alimentation, mais aussi notre capacité à faire face aux dérèglements climatiques. Des solutions existent déjà dans les territoires, et elles dépendent aussi de la cohérence des politiques publiques qui les rendront possibles » souligne Antoine Durand, responsable plaidoyer Transition Écologique et Emploi, Réseau Action Climat

1 Source : IDDRI, & BASIC. (2021). Vers une transition juste des systèmes alimentaires, enjeux et leviers politiques pour la France.

2 Source : Agreste. 2026. « La superficie agricole utilisée ».

3 Source : CGAAER, & IGF. (2024). Évaluation des freins fiscaux et non fiscaux au renouvellement des générations en matière agricole.

4Source : Cour des Comptes. (2023). La politique d’installation des nouveaux agriculteurs et de transmission des exploitations agricoles.

5 Source : France Compétences. (2025). Rapport sur l’usage des fonds de la formation professionnelle et du conseil en évolution professionnelle.

6 Source: Installons des Paysans (2024). Vote solennel de la Loi agricole : Une réforme du parcours à l’installation-transmission en voie d’amélioration.

7 Source: IPSOS/ACTA, 2026