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Castelnau-le-Lez : le maire Frédéric Lafforgue sacré “pire bétonneur” en pleine campagne municipale
À dix jours du premier tour des municipales, l’association Non au béton a attribué le jeudi 5 mars son trophée du “Pire bétonneur” au maire sortant de Castelnau-le-Lez, Frédéric Lafforgue. Un classement issu d’un vote en ligne contesté par ses soutiens, qui dénoncent une opération politique au cœur de la bataille électorale.
(par Thea Ollivier (Rédaction Hérault Tribune)
Hérault Tribune.- Une bétonnière dorée. C’est ce qu’a remporté Frédéric Lafforgue, maire sortant de Castelnau-le-Lez et candidat à sa réélection, lauréat du trophée du “Pire bétonneur”, décerné par l’association Non au béton le jeudi 5 mars. Un prix remis après le vote en ligne, constaté par huissier, de 1 007 personnes du 21 janvier au 28 février.
“Chaque votant devait classer les cinq nominés du pire bétonneur au moins pire. Le vainqueur est celui qui a été le plus souvent nommé sur les trois premières marches du podium”, explique Alain Berthet, le porte-parole de l’association.
Si une personne ne peut voter qu’une seule fois, puisqu’un vote est égal à une adresse mail et une adresse IP, l’association n’a pas vérifié l’identité des votants, leur lieu de résidence ou s’ils sont engagés politiquement. Ce qui engendre un certain biais alors que le vote a été lancé en pleine campagne électorale et que le résultat est révélé à dix jours du premier tour des élections municipales.
Lafforgue, Delafosse et Meunier sur le podium
Résultats : Frédéric Lafforgue (divers droite) est arrivé 367 fois en première position et 710 fois sur le podium, ce qui représente 70% des voix. Il est suivi par Michaël Delafosse, maire socialiste de Montpellier, qui a obtenu 324 voix en première position et 641 sur le podium.
Arrivent ensuite derrière Cyril Meunier, le maire de Lattes avec 526 voix sur le podium, Guy Lauret de Vendargues avec 504 voix et René Revol de Grabels, avec 458 voix. Le maire LFI avait contesté les données avancées pour justifier sa désignation.
Pour expliquer le choix des nominés, Alain Berthet souligne que trois d’entre eux ont vu des orientations d’aménagement et de programmation (OAP) refusées par les commissaires enquêteurs du PLUI. Et qu’il n’y a aucun biais politique alors que certains sont de droite, d’autres du Parti socialiste ou de La France insoumise.
Prix du jury pour le sénateur Grand
Alain Berthet explique la victoire de Frédéric Lafforgue par les commentaires qui ont été laissé sur la plateforme au moment du vote et qui témoignent selon lui du “ras-le-bol des habitants”. “Castelnau-le-Lez est maintenant une ville dortoir” ; “Les promoteurs s’en sont donné à cœur joie” ; “Le maire de Castelnau mérite amplement le titre” ; “J’en ai plus qu’assez de la bétonisation de ma ville au détriment de la création de vrais espaces verts, surtout à l’heure du réchauffement climatique”.
Et le prédécesseur de M. Lafforgue, le sénateur Jean-Pierre Grand, s’est vu remettre le prix du “Plus grand bétonneur”. “Un prix spécial du jury pour l’ensemble de son œuvre, lui qui a été maire de 1983 à 2017″, explique Alain Berthet, qui précise que M. Lafforgue a été son adjoint à l’urbanisme pendant des années. Sous les mandats des deux derniers maires, la ville est passée de 10 000 à 28 000 habitants.
“Une initiative militante organisée avant les élections”
–“Je prends ce classement pour ce qu’il est : une initiative militante organisée à quelques jours des élections par mes détracteurs et opposants”, a réagi Frédéric Lafforgue. Il assume les “décisions difficiles” qu’il a dû prendre en tant que maire comme “construire des logements” ou “accueillir de nouveaux habitants”. Il rappelle aussi que son équipe a “préservé plus de 40 % du territoire de la commune en terres agricoles viticoles et boisées”.
L’ancien maire Jean-Pierre Grand défend aussi son bilan. “Nous avons construit des bâtiments éducatifs, sanitaires, sportifs. Nous avons répondu aux milliers de personnes qui nous sollicitent tous les jours pour avoir un logement. Est-ce que c’est ça bétonner ?”
Pour l’avenue de l’Europe, il assure que “réaliser des immeubles le long d’une ligne de tramway est une politique vertueuse, qui rapproche les habitants des transports en communes et de l’emploi”.
“Un prix scandaleux au profit d’un candidat”
Le sénateur de droite Jean-Pierre Grand accuse Non au béton d’être “une association politique”, expliquant qu’Alain Berthet “a été candidat à plusieurs reprises, contre [lui] aux législatives en 2012 et contre Laurence Cristol en 2022”. “Je trouve ces prix scandaleux car au profit d’un candidat”, dénonce Jean-Pierre Grand, qui fait référence à Julien Miro, candidat de droite et opposant à Frédéric Lafforgue.
Car Alain Berthet, engagé à droite, est cité dans le programme de Julien Miro. “Arrêtons de défigurer Castelnau et pensons enfin à la qualité de vie”, indique l’avocat dans le fascicule qui a été distribué dans toutes les boîtes aux lettres de la ville.
Julien Miro se défend. “Il n’est pas sur ma liste, j’ai convoqué des experts sur chacun des sujets. Alain Berthet et son association agissent contre l’urbanisation face à un maire qui urbanise de façon incontrôlée”, explique le candidat dont l’un des slogans est “stop à la bétonnisation”.
Alain Berthet ajoute qu’il n’est pas seul à Non au béton et qu’il n’a fait que “proclamer les résultats” en tant que porte-parole. “Le vote, je ne le maîtrise pas.”
Entre dénonciation de la bétonisation et défense du développement urbain, reste à savoir si ce débat influencera le choix des électeurs dans les urnes.
(Source : magazine Hérault Tribune)

