*Par Claude Barate, universitaire, député honoraire

 

-La France s’affaiblit. On peut en caractériser les divers éléments ainsi.

Au plan financier, 3 000 milliards de dettes dont 1 000 milliards sous la seule présidence Macron. Non seulement il va falloir rembourser cette dette, mais encore, jusqu’à ce que ces sommes soient remboursées, il faudra payer des intérêts qui vont faire de ceux-ci le poste budgétaire le plus important avant la défense et l’éducation nationale.

Je sais bien que malheureusement cela ne préoccupe pas trop les français qui n’ont pour les finances qu’un intérêt limité. Mais l’argent qu’on est obligé de mobiliser pour le paiement des intérêts, est autant que ne peut pas consacrer sur d’autres postes. Et encore, si la dette correspondait aux seules dépenses d’investissement, cela pourrait être acceptable. Mais ce n’est pas le cas.

Le remboursement de la dette fera supporter sur nos enfants, le remboursement de nos dépenses de fonctionnement. Nous devrions avoir honte !

 

Au plan économique, le déficit du commerce extérieur est un des plus élevés d’Europe. Cela veut dire que nous achetons plus à l’étranger que nous lui vendons. Une entité qui achète plus qu’elle ne produit, qu’elle qu’en soit la nature, s’appauvrit.

Cela est dû essentiellement à deux causes.

La première, scrupuleusement suivi par de nombreux gouvernements, a consisté à spécialiser la France dans une politique de services, laissant à la Chine et autres, les activités industrielles et les emplois correspondants. C’était les théories de certains pseudo-intellectuels qui parlaient haut et fort, Alain Minc et Jacques Attali. On peut en apprécier les résultats, à la jauge de la désindustrialisation du pays et des pertes d’emploi correspondantes.

La deuxième, au cout trop élevé, en France, du travail. En effet, malgré des salaires relativement bas, le coût du travail en France est trop élevé à cause des charges sociales qui pèsent sur celui-ci.

En France, ces charges salariales sont nombreuses et élevées :

 La contribution à la Sécurité sociale,

 Les cotisations retraite,

 Les cotisations chômage,

 Les cotisations pour la formation professionnelle,

 La contribution sociale généralisée (CSG),

 La contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS),

 La cotisation à l’Agence pour l’emploi des cadres (Apec)…

Ces charges représentent environ 22% du salaire brut, mais peuvent varier en fonction de la situation individuelle de l’employé. Il faut y ajouter la cotisation individuelle du salarié. Beaucoup de ces charges n’existent pas ou sont moins élevées dans les pays qui exportent leurs produits. C’est ce qui explique nos difficultés à l’exportation et la préférence du consommateur pour les produits importés.

Au plan de l’insécurité, la situation est différenciée.

La défense nationale tient la route, grâce à l’armement nucléaire qui nous a été légué par le général de Gaulle et qui, heureusement, n’a jamais été remis en cause par aucun gouvernement. Mais notre armée aussi performante soit elle, n’est pas en capacité de faire face à une guerre d’intensité, par manque de personnels et de moyens.

Au plan intérieur, l’insécurité est malheureusement présente sur l’ensemble du territoire et parait s’aggraver tous les jours, pour atteindre des niveaux insupportables.

Au plan de l’immigration, la situation a dérapé complétement, pour atteindre des taux records, avec le passage d’une immigration de travail à une immigration de peuplement, et un gouvernement qui refuse par idéologie de voir la réalité en face.

Enfin, dans la plupart des secteurs, malgré des prélèvements parmi les plus élevés au monde, la France croule sous la bureaucratie, avec des administrations peu performantes. (Santé, éducation, justice…)

C’est face à ce qui peut apparaître comme un effondrement qu’il faut réagir, sinon pour nous, pour nos enfants.

D’abord en rétablissant l’autorité.

La politique du en même temps est insupportable. On ne peut pas en permanence avoir un ministère de la justice occupé par des ministres qui ont plus la volonté de défendre les droits individuels des criminels que ceux des victimes. Quand Dupont-Moretti ne voit qu’un sentiment de d’insécurité, son prédécesseur Nicole Belloubet croyait que la prison était génératrice de criminalité et préférait développer des peines de substitution.

C’est peut-être pour cela que le nombre de place de prison nouvelles n’évolue pas.

On ne peut pas remplacer à l’éducation nationale un Jean Michel Blanquer, par un Pap Ndiaye, puis par un Attal de combat pour finir à nouveau par une Belloubet.

On ne peut pas, contre l’avis de tout le monde, contre celui d’un référendum local, reculer à Notre Dame des Landes sans avoir un retour de désobéissance. De même, il ne faudra pas reculer en Nouvelle Calédonie pour abandonner la majeure partie de la population qui souhaite rester française.

Visiblement le monde judiciaire n’a pas pris la mesure de l’explosion de la délinquance. Il faut donc introduire dans la législation, le retour aux peines planchers, ne laissant au juge que la capacité d’aggraver. Il faut que les peines soient effectives et immédiates concernant la délinquance des mineurs pour laquelle de longs séjours dans des établissements scolaires fermés sous surveillance militaire doit être organisé.

Quant à la lutte majeure contre la drogue, elle doit prendre les allures d’une véritable guerre avec un parquet national en charge de la mener et des juridictions d’exception dotées de moyens répressifs puissants. Zéro tolérance et certainement pas celle d’une autorisation de consommer léger qui ne peut tomber ensuite que dans le puissant.

Enfin au plan militaire, il faut que chaque pays européen augmente sensiblement son budget de défense, qu’une rationalité soit mise en place dans les équipements militaires. Et qu’on arrête de poser des problèmes qui n’en sont pas, sur une armée européenne qui serait nécessaire, ou sur la mutualisation de l’arme nucléaire française… Le grand débarquement du 6 juin 1944 a montré comment des armées différentes ont pu être coordonnées.

Ensuite, en assainissant nos finances et en augmentant notre compétitivité.

Nouveau député, membre de la commission des finances, j’avais initié dès 1986, avec quelques collègues, 2 réformes qui nous paraissaient essentielles, celle d’une maitrise constitutionnelle du budget et celle de la TVA sociale. Ces réformes sont toujours d’actualité.

Sur le plan du contrôle budgétaire, j’entends dire ici ou là que le 3% de déficit de PIB autorisé par l’Europe n’a pas trop de sens si ce n’est celui d’être raisonnable. Je préfère une règle différente qui consiste à n’emprunter que pour les dépenses d’investissements, ce qui a une base morale qui consiste à ne faire payer par nos enfants que leur quote-part de remboursement d’emprunts des équipements qu’on leur laisse. C’est pourquoi nous avions proposé que la règle, de l’interdiction de déficit de fonctionnement, soit incluse dans la constitution.

Sur le plan de la recherche de compétitivité. La France a un des systèmes sociaux les plus généreux au monde. Il faut certes y corriger certaines erreurs pour le rendre plus juste. Mais surtout, il faut arrêter de marcher sur la tête. Voilà un système dont le financement, au lieu de s’appuyer sur la consommation, s’appuie sur le travail. Les multiples prélèvements sociaux, avec des taux élevés s’appliquent sur les salaires, renchérissant le cout du travail et poussant les salaires à la baisse.

Si au surplus, il faut demain y rajouter le financement de la dépendance du 4e Age, alors il faut passer à ce que nous avions proposé dès 1986, le financement de l’ensemble par un pourcentage de TVA, la TVA sociale. Le système consiste à augmenter la TVA d’une part réservée au financement de la politique sociale, de supprimer la part correspondante des cotisations de l’entreprise et du salarié et ainsi de faire baisser le cout de la production en France pendant qu’on augmente d’autant le salaire des salariés. Autre avantage de compétitivité, le système entraine une augmentation du prix de vente des produits importés et une diminution de prix du produit made in France.

Sur le plan de la maitrise de nos dépenses. Emmanuel Macron a tort de dire que le problème budgétaire est avant tout un problème de recettes. Il est d’abord un problème de dépenses.
En effet, la France subit de plein fouet le résultat d’une politique de bureaucratie hypertrophiée depuis plusieurs décennies. Jusqu’en 1981 et l’élection de François Mitterrand, les budgets ont été votés en équilibre. L’utopie d’une retraite à 60 ans puis plus tard, celle d’une semaine à 35 heures vont faire exploser le nombre de fonctionnaires.

Celui-ci passera de 3,9 millions en 1980 à 4,45 millions en 1995. Et l’informatisation n’entrainera pas pour autant une baisse des effectifs. Au contraire, le phénomène s’est accentué pour atteindre en 2020 5,662 millions de fonctionnaires.

A titre comparatif, pendant cette période, la population a augmenté de 13%, pendant que le nombre de fonctionnaires augmentait de 22%.

La question qu’il convient de se poser, est alors la suivante : les services publics en sortent-ils renforcés ? Quand on voit les difficultés, entre autres, des services de santé, de l’éducation ou encore de la justice, la réponse est visiblement NON !

Pourquoi ? Parce que l’essentiel de cette augmentation ne va pas sur l’administration de contact, mais sur la bureaucratie. Au ministère de l’agriculture, le nombre de fonctionnaires reste stable pendant que le nombre d’agriculteurs est divisé par 3.

Au ministère de l’Education, sur 1,2 millions de fonctionnaires, 300 000 ne sont jamais en contact avec les élèves. Quant au ministère de la santé, la crise du Covid a montré, comment l’Allemagne décentralisée, avec les mêmes dépenses par tête d’habitants, y consacrait 13% de plus de personnel soignant. Mais l’Allemagne s’était bien gardée de faire la réforme technocratique et bureaucratique des ARS (Agence Régionales de Santé).

On n’est vraiment pas bons dans l’organisation administrative, c’est le moins que l’on puisse dire. Mais la France est la championne du monde des règles normatives. A l’occasion de la crise agricole, on a pu apprendre, avec le sourire, que quatorze circulaires réglementaient le taille des haies, qu’une interdisait une hauteur de plus de trois mètres pour les tas de fumier… Ce qui n’a pas arrêté, un ministre a accepter une nouvelle norme quinze jours après pour les pécheurs à la ligne du bord de mer, qui désormais doivent déclarer leur activité auprès de l’administration, sous peine de contrôle et d’amende. Quand on nous dit qu’on marche sur la tête !

La bureaucratie hypertrophiée veut tout contrôler. On est bien loin de la phrase de Pompidou « Arrêtez d’emmerder les Français ».

Supprimer les normes inutiles, ne garder que les normes européennes dans la perspective d’un marché européen, permettrait déjà de libérer notre économie de contraintes inutiles. Mais la suppression de l’administration bureaucratique ferait faire au pays les efforts nécessaires à son redressement financier.

Enfin, en maitrisant l’immigration.

Emmanuel Macron, n’est pas le seul à être responsable de cette immigration incontrôlée. La gauche et François Hollande en particulier avaient déjà engagé le pays dans cette direction, cassant au surplus par une réforme fiscale, la politique de natalité qui faisait de la France la championne des naissances.

Cela fait un grand moment déjà que l’électorat populaire quitte les partis de gauche. A la recherche d’un grand soir pour remettre en cause le système économique libéral, il préfère l’idée de s’élever dans ce système.

C’est pour compenser cet électorat populaire qui lui fait désormais défaut que la gauche va suivre les recommandations du think tank socialiste « Terra Nova », qui théorise de changer l’électorat populaire par une immigration de masse, nouveau terreau des classes opprimées.

Le problème, ce n’est pas l’immigration en soi, même si j’y préfère une politique de natalité. La France a toujours été une terre d’immigration. Le problème, c’est celui d’une immigration qui ne peut pas ou ne veut pas s’assimiler. Est ainsi posé le problème de l’Islam en France.

Je dis ne peut pas, quand je pense à ces musulmans qui n’arrivent pas à faire le distinguo entre la liberté religieuse de la sphère privée et l’obligation d’intégration de la sphère publique. Ils croient dur comme fer, en la supériorité de la loi divine sur la loi des hommes et rejettent la laïcité.

S’ajoutent à ces premiers, ceux qui viennent en Europe et particulièrement en France pour, comme le demandent les Frères Musulmans, détruire le système démocratique qu’ils exècrent, la civilisation occidentale qu’ils méprisent et installer un califat islamique.

En conclusion, je pourrais dire que le monde occidental est face à deux ennemis majeurs, celui des régimes politiques autoritaires qui comme la Russie, ne supportent pas de voir vivre à leurs côtés les régimes de liberté du monde occidental et de l’Islam en mission mondiale de califat.

Deux ennemis redoutables qu’il convient d’affronter en ayant en tête cette citation de De Gaule « Face à un adversaire agressif, il ne faut jamais reculer, cela le rendrait encore plus agressif ».

C’est pour cela qu’il faut que la France soit forte.

 

*Par Claude Barate, universitaire, député honoraire