Les débats actuels autour du Mémorial de Rivesaltes révèlent une question fondamentale qui dépasse largement le seul cadre de la mémoire : quelle place la République accorde-t-elle à la vérité historique lorsqu’elle concerne ses propres citoyens ?
Le Collectif Citoyenneté Française considère que la pluralité des mémoires présentes à Rivesaltes doit être respectée. L’histoire des réfugiés espagnols, des Juifs internés, des Tsiganes, des populations déplacées et des harkis appartient pleinement à notre patrimoine national.
Mais respecter toutes les mémoires ne signifie pas les confondre.
Nous observons avec inquiétude une tendance croissante à diluer la spécificité du drame vécu par les familles harkies dans un récit global des migrations, des déplacements ou des exils du XXe siècle.
Or la réalité historique est incontestable.
Les préjudices aujourd’hui reconnus par la République n’ont pas été subis dans l’Algérie coloniale. Ils ont été subis en France. Ils ont été subis sur le territoire national. Ils ont été subis sous l’autorité de l’État français. Ils ont été subis par des citoyens français et leurs familles après la fin de la guerre d’Algérie. Cette réalité constitue un fait historique majeur.
Le cÅ“ur du sujet n’est donc pas uniquement la mémoire. Le cÅ“ur du sujet est la citoyenneté.
Comment des citoyens français ont-ils pu être maintenus pendant des années dans des camps, des hameaux de forestage, des cités de transit et des structures de relégation sur le territoire de la République ?
Comment des atteintes à la dignité humaine ont-elles pu se prolonger durant les années de prospérité et de reconstruction que l’Histoire retient sous le nom de Trente Glorieuses ?
Ces questions demeurent aujourd’hui au centre du débat républicain.
Les récentes décisions des juridictions françaises et européennes ont d’ailleurs confirmé que les conditions d’accueil et de vie imposées dans certaines structures constituaient un sujet de responsabilité publique.
Parallèlement, le Parlement a récemment reconnu la nécessité de réexaminer certains héritages du passé colonial. L’abrogation symbolique du Code noir et les débats ouverts sur les survivances administratives issues de cette période démontrent que la République est capable d’interroger son propre héritage avec lucidité.
Cette exigence de cohérence doit désormais s’appliquer à l’ensemble des catégories et références historiques qui continuent de produire des effets symboliques dans notre droit et nos institutions.
Le Collectif Citoyenneté Française appelle donc à la vigilance.
Nous refusons toute instrumentalisation de l’Histoire. Nous refusons toute concurrence mémorielle. Nous refusons également que la question fondamentale de la citoyenneté soit dissoute dans un récit général où disparaîtrait la responsabilité spécifique de l’État envers ceux qu’il avait le devoir de protéger.
La mémoire est nécessaire. La vérité est indispensable.
Mais la citoyenneté doit rester le point d’ancrage de toute démarche de reconnaissance et de réparation.
Car au-delà des débats historiques, une question demeure : une République peut-elle pleinement réparer un préjudice sans regarder en face les mécanismes qui ont conduit certains de ses propres citoyens à être relégués sur son territoire ?
Le Collectif Citoyenneté Française poursuivra son travail de réflexion, de vigilance et de transmission afin que la mémoire demeure fidèle aux faits, que la réparation demeure fidèle à la vérité et que la République demeure fidèle à ses principes.
*Collectif Citoyenneté Française
Dignité – Égalité – Vérité – Citoyenneté
Pour une mémoire fidèle aux faits et une République fidèle à tous ses citoyens.

