« L’OCDE certifie que nous avons dépassé le Japon » : l’Italie est devenue le quatrième exportateur mondial mais reste très loin du podium
(Rédaction BFMTV)
BFMTV.-“L’OCDE certifie que nous avons dépassé le Japon et que nous sommes devenus le quatrième exportateur mondial”, s’est félicité Adolfo Urso, le ministre de l’Entreprise et du Made in Italy, mi-décembre, y voyant le signe de la “résilience des entreprises italiennes à l’échelle mondiale”. L’économie italienne a effectivement exporté davantage de biens que le Japon et la Corée du Sud au troisième trimestre 2025, selon des données de l’OCDE publiées fin novembre, et repérées par Les Échos.
Dans l’attente des données annuelles, l’Italie s’est ainsi emparée de justesse de la quatrième place du classement des exportateurs, malgré une population et un PIB inférieurs à ses principaux concurrents. Elle reste toutefois très loin derrière l’Allemagne, les États-Unis et la Chine.
Les exportations italiennes ont augmenté beaucoup plus vite que celles du Japon ou de la Corée du Sud. Par rapport au troisième trimestre 2024, celles-ci ont bondi de plus 12% (comme la France), contre 1,5% seulement pour le Japon, englué dans une situation économique difficile. Au premier semestre, Rome affichait déjà une balance commerciale largement positive à 23 milliards d’euros, portée par la vigueur de ses exportations au sein de l’UE, et notamment vers l’Espagne, relevait BNP Paribas dans une note.
Au contraire, minée par l’affaiblissement de ses exportations face aux droits de douane américains, l’économie nippone s’est même contractée cet été (le PIB a baissé de 0,4%), malgré une politique monétaire particulièrement accommodante. Cela a obligé le nouveau gouvernement dirigé par la conservatrice Sanae Takaichi à présenter un plan de relance musclé.
Coût du travail inférieur à la moyenne européenne
Il y a dix ans, l’Italie n’était que septième dans ce classement des exportateurs, à la place actuelle de la France. Cette remontée s’explique notamment par la densité importante d’entreprises industrielles du pays, capables de produire des produits de qualité à un prix compétitif. Des investissements conséquents ont été réalisés, notamment dans la robotisation des usines.
Le coût moyen d’une heure de travail dans l’industrie manufacturière y est aussi bien plus faible que la moyenne de la zone euro, à 32 euros contre 47 euros en France, selon une étude menée par l’institut Rexecode. De récentes enquêtes ont toutefois mis en évidence des abus, notamment dans le luxe, où certains sous-traitants de grandes maisons ont notamment été pointés du doigt pour leurs conditions de travail indignes.
De plus, les salaires réels en Italie restent en moyenne toujours inférieurs aux niveaux de début 2021, avant la flambée de l’inflation. Les récentes augmentations n’ont permis que des “gains modestes en termes réels”, de l’ordre de +0,4% en 2025, selon une note de l’OCDE publiée en décembre.
Poids croissant en Europe
L’Italie représente aujourd’hui 10% des exportations de l’Union européenne. Et le gouvernement entend aller plus loin, d’autant que Giorgia Meloni a un poids politique croissant au sein de l’Union, dans un contexte de montée en puissance des partis de droite conservatrice et d’extrême droite.
“Nous pouvons assurément faire mieux et nous devons le faire en incitant la Commission européenne, comme nous le faisons depuis le début de notre mandat, à établir de nouveaux accords de libre-échange impliquant nos entreprises”, a estimé Adolfo Urso, le ministre de l’Entreprise et du Made in Italy, membre du parti d’extrême droite Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni. L’ancien ministre du Commerce extérieur sous Silvio Berlusconi estime que l’UE “doit ouvrir de nouvelles perspectives et associer les pays du Sud à notre croissance”.
“Cela inclut l’Amérique latine, le plan Mattei pour l’Afrique , le Golfe persique et l’Asie du Sud-Est. L’UE doit faire ce que les États-Unis ne savent plus faire”, a poursuivi Adolfo Urso, lors d’une conférence rapportée par Il Sole 24 Ore Radiocor.
Fin octobre, le chef de la diplomatie italienne Antonio Tajani avait lui estimé que la Banque centrale européenne (BCE) devrait baisser davantage ses taux directeurs pour “réduire la force de l’euro” et ainsi faciliter les exportations. “Un dollar de plus en plus faible et un euro de plus en plus fort mettent en difficulté nos exportateurs, en plus des droits de douane”, estimait-il.
Pour autant, la croissance devrait être relativement faible cette année en Italie. L’OCDE l’estime à 0,6% (après 0,5% en 2025), dans un contexte incertain quant au niveau des exportations. La production industrielle a rechuté en décembre. “Le durcissement des politiques commerciales, le renforcement de la concurrence consécutif au détournement potentiel des échanges des États-Unis vers l’Italie et l’incertitude pourraient créer un effet de freinage des exportations, de l’activité, de l’investissement et de l’emploi plus marqué qu’anticipé, encore amplifié par l’augmentation de l’épargne de précaution des ménages”, écrit l’institution basée à Paris.
(Source : BFM Business)

