Ce jeudi 2 mai, le cercle de réflexion Opencat organisait une conférence-débat sur la concurrence transfrontalière, exacerbée dans les secteurs de l’agriculture et du BTP des Pyrénées-Orientales.

 

Le manque de compétitivité française résume ce rendez-vous.

 

Opencat a suscité des échanges percutants lors de sa conférence “Faut-il plus de concurrence transfrontalière ?”, ce jeudi 2 mai à l’Hôtel d’Agglomération Perpignan Méditerranée  (PMCA), en présence d’une centaine de décideurs des Pyrénées-Orientales. En introduction de ce rendez-vous sous-titré “Trop trop d’Europe ou pas assez d’Europe en Roussillon ?”, le président d’Opencat, Vincent Dumas, signalait que “la construction européenne ne va pas sans heurts” et jugeait “indépassable” le différentiel du coût salarial français, soit 35,67 euros/heure, à l’espagnol, à 20,87 euros. Le vice-président de l’Agglomération Perpignan Méditerranée, Romain Grau, en charge de l’Economie, avouait que “le libre-échange européen devient problématique en Roussillon” et jugeait que les entreprises sud-catalanes “concourent avec des ailes aux pieds” tandis que celle du Nord ont “des boulets aux pieds”, eu égard aux législations. A leurs côtés, Òscar Rodríguez, représentant du syndicat patronal PIMEC de Gérone, rappelait que la proximité rend “naturelle” la concurrence de Gérone vers Perpignan mais précisait que la Catalogne du Sud “s’exporte partout, pas seulement ici”. Cet entrepreneur de la région d’Olot a décrit le “marché global, libre, européen” et défendu des “entreprises mixtes entre les territoires”, selon un modèle “qui fonctionne au Pays Basque”.

 

Romain Grau, vice-président de Perpignan Méditerranée Communauté d’Agglomération (PMCA).

Cette intervention a échaudé la Fédération Française du Bâtiment (FFB), représentée par une vingtaine d’entrepreneurs éprouvés par l’éclatement de la bulle immobilière des Pyrénées-Orientales. Dénonçant fortement la concurrence espagnole dans les Pyrénées-Orientales, leur président régional, Jean-Jacques Planes, a exhorté les politiques à “faire travailler des entreprises françaises”. Ce patriotisme économique était défendu par Jacques Font, président de l’Union pour les Entreprises des Pyrénées-Orientales (UPE 66), présent à la tribune, et par Romain Grau. L’élu modulait “on ne va pas fermer les frontières, on ne peut pas” et ajoutait “changeons-nous nous-mêmes (…) cessons de nous mentir sur le coût du travail : les entreprises de Perpignan ne vont pas au sud, car nos charges sont élevées, or, les réduire signifie réduire la dépense publique française. Pour être compétitifs, disons la vérité : tous les médicaments ne seront pas remboursables”.

 

Vincent Dumas, président du think-tank Opencat.

L’intensité de l’échange était maintenue par M. Rodríguez, dans un libéralisme sud-catalan ordinaire : “Défendez-vous face à nous, Girona, et demandez aux politiques de changer de cadre”.

Cette conférence animée a montré le besoin, évité par les institutions, d’un langage vif et de vérité entre nord et sud. La solution à l’éprouvante concurrence en Roussillon reposerait ainsi sur un changement français, car les décalages avec l’extérieur, abstraits à Paris, pénalisent économiquement certaines marges frontalières.

Photo ci-dessus (de gauche à droite) : Oscar Rodriguez, Vincent Dumas, Romain Grau et Jacques Font.