Jean Molins est décédé hier, mercredi 16 novembre, le jour de son 88e anniversaire, à la clinique La Pinède de Saint-Estève, où il avait été admis depuis plusieurs semaines suite à une intervention chirurgicale. Jean Molins vivait avec son frère Charly à Latour-Bas-Elne, mais c’est à et « depuis » Argelès-sur-Mer qu’il a bâti toute son existence… Une vie digne d’un personnage de roman !

 

Jean Molins. (Les obsèques auront lieu le mercredi 23 novembre, à 14H 30, au crématorium de Canet-en-Roussillon)

 

En 1964, avec son frère Charly, il s’installe aux commandes du casino d’Argelès-plage, ouvert par son père avec des associés. En à peine une poignée d’années, Jean Molins transforme l’établissement de jeux traditionnels en lieu de festivités diverses, notamment avec l’ouverture dès 1968 du Psychédélique Circus« Le Psyché » pour les fans du site -, la discothèque avant-gardiste ancrée sous le soleil du Roussillon, authentique prouesse architecturale et terrasse sur la Méditerranée exactement. Une vue à 360° sur la Grande Bleu. Puis ce sera le temps du Synchro, dans les années 70, suivra le Playa Club en 1987, des discothèques hyperbranchées… Sans oublier Les Naufragés, un restaurant avant la plage, à l’époque fallait oser allumer une telle enseigne !

A chaque fois, c’est une success-story qui s’écrit sur les murs et dans le capital du casino. Les personnalités, chanteurs, acteurs ou hommes politiques – de dimension nationale, s’il vous plait ! -, s’engouffraient dans ce climat festif unique, dans ce lieu devenu culte, et pas uniquement le temps des vacances.

Le Tout-Perpignan, mais aussi et surtout le Tout-Toulouse viendront se bousculer aux portes de la boîte-de-nuit dans une ambiance qui n’avait rien à envier à la folie climatique d’Ibiza. Il y avait du Space et de l’Amnesia et de l’amour dans l’air. Les premiers podiums pour danser haut-perché, les premières barres métalliques pour se suspendre et dodeliner aux rythmes du disco, les premiers vêtements fluorescents… C’est ici et nulle part ailleurs que la fête s’était installée à demeure avec ses extravagances, avec parfois, de légers accents de débauche, mais là c’était en extérieur, sous les pins du Bois, de l’autre côté de la route, que les « mal de caps » allaient à la chasse aux écureuils avec du sable dans le nez, la gorge et les poches.

On se frottait entre inconnus, d’incroyables rencontres s’effectuaient dans la bousculade, sans passeport sanitaire. De toutes façons, en esprit totalement libre, au point d’agacer (ou plutôt de frustrer) les arbitres des élégances morales contemporaines, Jean Molins n’aurait jamais accepté d’être aux commandes d’un COVID Club.

Jusqu’en l’an 2000, où les Fonds de pension ont pris la relève, pendant donc près de quatre décennies, les inséparables frères Molins, comme on les a toujours repérés, ont été les maîtres incontestés et incontestables de la nuit ; ils ont régné sans pour autant jamais se mettre en avant. Jean Molins rechignait être pris en photo, même au bras d’une créature de rêve, ou faisant tchin-tchin avec une personnalité « pipole » pourchassée par les paparazzi. Il était comme ça, Jean. Discret et fort en caractère.

Par son œil, par sa curiosité, par son humour récurrent et décapant, par son sens des affaires, par sa façon de parler en se taisant pour mieux s’exprimer, par son entrain quand il s’agissait de retrouver les copains d’abord dans une quelconque heure apéritive, de préférence, dans une atmosphère purement « L’Os argelès » ; dont il était d’ailleurs l’auteur (et qui n’était pas sans référence à « L’Os à moelle » d’un certain Pierre Dac)…  Il restera pour beaucoup de nightclubbers et de noctambules, un phare, une lumière, dans la nuit.

Il a tellement (ap)porté (à) plusieurs générations de croupiers, techniciens de machines à sous, d’assistants clientèle, de serveurs, barmen, disc-jockeys, cuisiniers, caissiers (banquiers), physionomistes (agents de sécurité), etc.-etc., en leur inculquant son expérience professionnelle, en leur mettant le pied à l’étrier, en leur faisant tout simplement confiance pour révéler leur talent. Aujourd’hui, d’ailleurs, nombre de ces ex-employés sont à la tête d’affaires parmi les plus brillantes du département et au-delà.

Désormais, même si Jean Molins s’était retiré des affaires depuis deux décennies, le monde de la nuit et du hasard a perdu une part de sa magie. La boule au plafond ne tournera plus comme avant.

Adieu l’Ami !

L.M.

 

*A son frère Charly, à Marie-Hélène, à leurs proches et très nombreux amis, la rédaction de Ouillade.eu présente ses plus sincères condoléances.