-“De Nanterre aux hameaux de forestage : une même exigence de vérité républicaine ! Depuis plusieurs années, la République a engagé un travail essentiel de reconnaissance des préjudices subis par les harkis et leurs familles

 

La loi du 23 février 2022 a constitué une avancée importante en reconnaissant la responsabilité de l’État dans les conditions d’accueil et de vie imposées à des milliers de familles françaises dans des camps, hameaux de forestage et autres structures de relégation.

Cette reconnaissance était nécessaire. Elle demeure toutefois inachevée. Car une question fondamentale reste aujourd’hui posée à la conscience nationale : Que signifie encore, dans le droit de la République, la catégorie des personnes “anciennement de statut civil de droit local” ? Cette catégorie, héritée de l’ordre juridique colonial, demeure au cÅ“ur de plusieurs dispositifs contemporains de reconnaissance et de réparation.

Or l’histoire nous enseigne qu’elle concernait une population beaucoup plus large que celle des seuls anciens supplétifs. Les travaux parlementaires de l’époque rappellent qu’après l’indépendance de l’Algérie, plusieurs centaines de milliers de personnes relevant de ce statut vivaient en France.

Parmi elles figuraient des familles qui ont connu la précarité, l’exclusion, les bidonvilles, les discriminations et parfois des formes de relégation sociale durable. À Nanterre, à Gennevilliers et dans d’autres territoires, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants ont vécu pendant des années dans des conditions que la République ne saurait aujourd’hui regarder sans lucidité.

L’objectif du HCCR n’est pas d’effacer les spécificités de l’histoire des harkis. Le drame des harkis demeure singulier. Leur abandon, leur accueil indigne et les préjudices qui en ont résulté justifient pleinement la reconnaissance engagée par la Nation.

Mais cette reconnaissance appelle désormais une réflexion plus large. Car lorsque le droit continue à mobiliser une catégorie héritée du passé colonial, il devient légitime de s’interroger sur l’ensemble des conséquences historiques, administratives et humaines attachées à cette catégorie.

Pourquoi certaines structures ont-elles été reconnues par la loi ? Pourquoi d’autres lieux de relégation ou de précarité durable demeurent-ils absents du débat national ? Quels critères distinguent aujourd’hui les populations reconnues des populations oubliées ? Ces interrogations ne visent pas à opposer les mémoires. Elles visent au contraire à les réconcilier dans un même souci de vérité.

Le Haut Conseil de la Citoyenneté Réparatrice considère que la République ne s’affaiblit jamais lorsqu’elle approfondit sa connaissance de son histoire. Elle se grandit. La citoyenneté réparatrice repose précisément sur cette conviction. Réparer ne consiste pas uniquement à indemniser.

Réparer consiste aussi à comprendre. Comprendre les mécanismes administratifs, les catégories juridiques, les politiques publiques et les conséquences qu’elles ont produites sur des générations entières de citoyens. La citoyenneté réparatrice ne recherche ni privilège ni exception. Elle recherche l’égalité. Elle recherche la cohérence. Elle recherche la fidélité aux principes républicains.

Aujourd’hui, alors que le débat public progresse sur les questions de mémoire, de reconnaissance et de réparation, le HCCR appelle les pouvoirs publics, les historiens, les parlementaires et les institutions concernées à engager un travail approfondi sur les conséquences contemporaines des catégories héritées du système colonial et sur les situations de relégation qui ont pu toucher d’autres populations relevant du même statut juridique.

Cette démarche ne retire rien à personne. Elle ajoute de la connaissance, de la justice et de la vérité. Parce que la République ne doit laisser aucune mémoire dans l’ombre. Parce que la citoyenneté ne se divise pas. Parce que la réparation véritable commence toujours par la reconnaissance de tous les faits”.

 

Haut Conseil de la Citoyenneté Réparatrice (HCCR).

Pour une République fidèle à ses principes de justice, de mémoire et d’égalité entre tous les citoyens français